Alors que l'idée de supprimer les départements semble à nouveau refaire surface, nous ne résistons pas au plaisir de vous faire partager la
lettre ouverture adressée à Nicolas Sarkozy par Alain Lambert, Président UMP du Conseil général de l'Orne, le samedi 28 juin 2008.
Monsieur le Président de la République,
Je lis, dans le Figaro de ce jour, que vous redoutez que les collectivités locales soient la cause du retard pris par la
France dans sa modernisation et le redressement de ses comptes publics.
Respectueusement, je voudrais vous mettre en garde sur ce qui constitue, selon moi, une vraie erreur de diagnostic. Sans
doute, un entourage toujours plus technocratique vous en a-t-il convaincu. Au surplus, votre expérience d'élu d'Ile de France ne vous a pas aidé à mieux connaître la pratique de la gestion locale
provinciale.
A la vérité, c'est dans les services de l'Etat, placés sous votre autorité, que vous trouverez toutes les causes de
freins, d'inutiles handicaps, de procédures, de bureaucratie qui découragent les Français, étouffent la France, freinent la croissance, et ruinent les finances publiques. Les missions confiées
aux collectivités par l'Etat n'ont réduit en rien les fonctionnaires en administration centrale : ils sont plus nombreux encore.
Comme ils s'ennuient, et qu'ils sont de vaillants fonctionnaires, ils produisent de la norme, de la norme, de la norme,
des circulaires, des arrêtés, des décrets qui ne font l'objet d'aucune étude d'impact mais dont le coût est intégralement financé par les collectivités locales dont vous critiquez ensuite
l'augmentation des dépenses. Ubuesque.
Les rapports dénonçant cette situation s'empilent et ne connaissent jamais la moindre suite. Le dernier que vous m'aviez
commandé n'est, sans doute, jamais parvenu jusqu'à vous. Il est loin le temps où je pouvais vous parler des choses simples de
la vie de la France et des Français. Désormais, il faut, pour ceux qui en acceptent l'humiliation, se prosterner d'abord devant une Cour infranchissable.
Peu importe. L'essentiel est que vous reteniez de cette respectueuse adresse qu'il faut vite et bien ordonner le ménage
complet dans votre maison : l'Etat ! C'est urgentissime. Lorsque le nécessaire aura été fait (mais il y a un immense travail),
vous verrez immédiatement la croissance éclore sous vos yeux, sans dépenses fiscales inutiles. Tout simplement, les Français auront retrouvé leur liberté et leur envie d'entreprendre. Ils
reprendront confiance enfin dans leurs Pays.
S'agissant des collectivités locales, laissez-leur six mois pour organiser, elles-mêmes et librement entre elles la
réorganisation de leur paysage, la suppression de leurs doublons, le désenchevêtrement de leurs compétences, leurs éventuelles
fusions et la mutualisation systématique de leurs services. Le succès est garanti. Je m'en porte garant ! Mais, de grâce, que le Gouvernement ne s'en mêle pas. L'Elysée pas davantage
!
Hélas, cette supplique ne vous parviendra, sans doute, jamais et la France continuera de boiter, claudiquant au milieu de
tous les handicaps inutiles qu'elle se dresse à elle même, quelle que soit l'énergie que vous y consacrez et les instructions
incessantes que vous donnez [...].
Respectueusement,
Alain Lambert.